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Audit cyber : absence de preuve ou absence de mesure ?

Par AlexV
Le 31/08/2026

Audit cybersécurité : absence de preuve ou absence de mesure ?

Mis à jour le 28 août 2026

Lors d’un audit cybersécurité, l’absence de preuve ne signifie pas automatiquement que la mesure de sécurité n’existe pas. Une organisation peut appliquer un contrôle sans en conserver de trace exploitable. À l’inverse, elle peut posséder une politique ou une procédure très complète sans jamais l’exécuter.

L’auditeur doit donc distinguer au moins quatre situations : mesure appliquée et démontrée, mesure appliquée mais non démontrée, mesure documentée mais non exécutée, mesure inexistante. Cette distinction évite de transformer un manque documentaire en conclusion technique injustifiée, mais aussi de considérer un document comme une preuve suffisante d’effectivité.

La bonne question n’est pas seulement :

« Avez-vous une preuve ? »

mais :

« Que pouvons-nous réellement conclure sur la mesure à partir des éléments disponibles ? »


Pourquoi cette distinction est-elle importante en audit ?

Un audit ne consiste pas à rechercher des fichiers pour remplir une colonne « preuve ».

Il consiste à comparer une situation observée à des critères déterminés.

La terminologie utilisée par l’ANSSI dans son référentiel PASSI décrit ainsi l’audit comme un processus systématique et documenté destiné à obtenir des preuves d’audit et à les évaluer objectivement. Une preuve d’audit correspond à des enregistrements, énoncés de faits ou autres informations reliés aux critères et vérifiables. La version 2.2 constitue aujourd’hui la version de référence du référentiel PASSI.

ISO 19011:2026 fournit également le cadre international actuel pour conduire les audits de systèmes de management de manière cohérente et structurée.

Cette logique a une conséquence importante :

une conclusion d’audit doit découler des éléments réellement obtenus, pas de ce que l’auditeur suppose.

Prenons quatre phrases :

« La procédure n’a pas été fournie. »
« La procédure n’existe pas. »
« Le processus n’est pas appliqué. »
« L’exigence n’est pas satisfaite. »

Elles peuvent sembler proches.

Elles décrivent pourtant quatre conclusions différentes.


La matrice de décision : preuve absente ou mesure absente ?

Voici la matrice essentielle à utiliser lors d’une évaluation.

SituationMesure appliquée ?Preuve suffisante ?Conclusion recommandéeTraitement
1. Mesure appliquée + preuve disponibleOuiOuiMesure démontréeVérifier périmètre, fraîcheur et qualité de la preuve
2. Mesure appliquée + preuve absenteOui ou vraisemblablement ouiNonMesure déclarée ou observée mais insuffisamment démontréeAméliorer la traçabilité et rechercher d’autres éléments
3. Document existant + mesure non exécutéeNon ou partiellementDocument uniquementMesure formalisée mais non effectiveCorriger l’exécution du contrôle
4. Mesure inexistanteNonNonMesure non mise en œuvreCréer une remédiation adaptée au risque

La difficulté principale concerne évidemment la deuxième ligne.

Une absence de preuve ne doit pas automatiquement devenir une absence de mesure.

Mais elle ne doit pas non plus conduire l’auditeur à considérer la mesure comme satisfaisante sur la seule base d’une déclaration.


Cas 1 - La mesure est appliquée et la preuve est disponible

C’est la situation la plus simple.

Exemple :

Critère

Les comptes administrateurs doivent être protégés par une authentification multifacteur.

Situation observée

L’organisation affirme que le MFA est activé pour tous les administrateurs.

Éléments examinés

  1. liste des comptes privilégiés ;
  2. export de la configuration MFA ;
  3. date de l’extraction ;
  4. périmètre du tenant ;
  5. vérification de plusieurs comptes.

La mesure existe et les éléments permettent raisonnablement de soutenir la conclusion.

On peut alors écrire :

« Le MFA est activé sur les comptes administrateurs du périmètre examiné. L’export de configuration du 12 août 2026, rapproché de la liste des comptes privilégiés, permet de démontrer la couverture observée à la date de l’évaluation. »

La preuve n’est pas seulement présente.

Elle répond à la question posée.

Attention : une preuve disponible peut rester insuffisante

La présence d’un fichier ne suffit jamais à elle seule.

Il faut toujours contrôler :

  1. sa date ;
  2. son périmètre ;
  3. sa source ;
  4. la période couverte ;
  5. ce qu’elle démontre ;
  6. son caractère vérifiable.

Une capture MFA concernant un seul compte ne permet pas nécessairement de conclure sur tous les administrateurs.

C’est précisément pourquoi il faut distinguer preuve présente et preuve suffisante.


Cas 2 - La mesure semble appliquée, mais aucune preuve suffisante n’est disponible

C’est probablement le cas le plus fréquent dans une PME.

Exemple : gestion des incidents

Lors de l’entretien, le responsable informatique explique :

« Lorsqu’un incident survient, je crée un canal Teams, j’appelle notre prestataire, puis nous traitons le problème ensemble. »

Plusieurs salariés confirment cette pratique.

L’entreprise a effectivement géré des incidents.

Mais elle ne conserve :

  1. aucun registre ;
  2. aucun ticket structuré ;
  3. aucun compte rendu ;
  4. aucun historique consolidé ;
  5. aucune analyse des causes.

Peut-on conclure que le processus n’existe pas ?

Pas nécessairement.

Des activités sont manifestement réalisées.

Peut-on conclure qu’il est correctement démontré ?

Non plus.

La formulation rigoureuse devient :

« La gestion des incidents existe opérationnellement et plusieurs interlocuteurs décrivent un processus similaire. Toutefois, aucun enregistrement suffisamment structuré n’a pu être fourni pour démontrer de manière durable l’exécution, la traçabilité et le suivi des incidents sur la période examinée. »

Cette rédaction est beaucoup plus précise que :

« Gestion des incidents inexistante. »

Entretien n’est pas synonyme de preuve nulle

Le NIST distingue trois méthodes principales d’évaluation :

  1. examine : examiner des objets, documents ou mécanismes ;
  2. interview : interroger des personnes ;
  3. test : tester un mécanisme ou une activité.

Ces trois méthodes peuvent contribuer à produire les éléments nécessaires à une conclusion.

Le NIST SP 800-171A Rev. 3 distingue également les spécifications - politiques, procédures ou architectures - des mécanismes techniques et des activités réalisées par les personnes.

Cela signifie qu’une absence de document n’empêche pas nécessairement toute conclusion.

Un contrôle peut parfois être démontré grâce à :

  1. une observation ;
  2. un test ;
  3. plusieurs entretiens concordants ;
  4. une configuration ;
  5. un journal ;
  6. des tickets ;
  7. des traces provenant d’un système.

La nature des éléments nécessaires dépend du critère évalué.


Quand l’absence de preuve devient-elle elle-même un écart ?

C’est une nuance essentielle.

Si l’exigence évaluée porte uniquement sur le résultat :

« Les sauvegardes sont réalisées. »

une preuve alternative permettant de vérifier leur exécution peut éventuellement suffire.

Mais si le critère demande explicitement :

« Les résultats des tests doivent être documentés et conservés. »

alors l’absence d’enregistrement n’est plus seulement un problème de démonstration.

La traçabilité fait partie de l’exigence.

Dans ce cas, la conclusion peut porter directement sur ce manque.

Exemple

Critère :

La revue des droits doit être réalisée et ses résultats doivent être conservés.

L’organisation explique avoir réalisé la revue.

Aucun résultat, export, compte rendu ou ticket n’est disponible.

Deux dimensions sont alors à distinguer :

Exécution de la revue : déclarée, mais insuffisamment démontrée.

Conservation des résultats : non satisfaite si cette conservation constitue explicitement un élément du critère.

Cette distinction évite deux erreurs opposées :

  1. considérer que rien n’a jamais été fait ;
  2. considérer que tout est conforme parce qu’un responsable affirme avoir réalisé la revue.


Cas 3 - Le document existe, mais la mesure n’est pas exécutée

C’est l’erreur inverse.

L’organisation dispose d’une documentation très convaincante :

Procedure_Revue_Habilitations_v4.pdf

Le document précise :

  1. une revue trimestrielle ;
  2. la population à examiner ;
  3. le responsable ;
  4. la validation attendue ;
  5. le processus de suppression des droits.

Sur le papier, tout semble structuré.

L’auditeur demande alors :

« Pouvez-vous me montrer les quatre dernières revues ? »

Réponse :

« Nous n’avons pas encore eu le temps de les faire. »

La preuve documentaire démontre que le contrôle est défini.

Elle ne démontre pas qu’il est exécuté.

La conclusion doit donc être différente :

« Une procédure de revue trimestrielle des habilitations est formalisée et approuvée. Aucun élément ne permet toutefois de démontrer son exécution sur la période évaluée. Les entretiens confirment que les revues prévues n’ont pas été réalisées. »

Ici, le problème n’est pas principalement documentaire.

Le problème est opérationnel.

Politique, mécanisme et activité ne répondent pas à la même question

La distinction proposée par le NIST est particulièrement utile :

TypeExempleCe que cela permet d’évaluer
SpécificationPolitique, procédureCe qui devrait être fait
MécanismeConfiguration IAM, pare-feuCe qui est techniquement mis en place
ActivitéRevue des droitsCe qui est réellement exécuté
IndividuResponsable IAMQui comprend et applique le processus


L’ANSSI adopte une logique comparable lorsqu’elle décrit l’audit organisationnel : celui-ci vise notamment à vérifier que les politiques et procédures complètent correctement les mesures techniques et sont efficacement mises en pratique.

Un document ne constitue donc pas une preuve universelle du fonctionnement réel du dispositif.


Cas 4 - La mesure est réellement inexistante

Dernière situation : aucun élément ne permet d’identifier un dispositif existant.

Exemple : tests de restauration

L’auditeur demande :

« Quand avez-vous réalisé votre dernier test de restauration ? »

Le responsable informatique répond :

« Nous n’en avons jamais réalisé. Nous vérifions simplement que les sauvegardes sont en succès. »

Aucun :

  1. test ;
  2. procédure ;
  3. résultat ;
  4. exercice ;
  5. historique ;

n’est disponible.

Ici, il ne s’agit plus simplement d’une preuve manquante.

L’activité elle-même n’est pas réalisée.

Le constat peut alors être formulé clairement :

« Aucun test de restauration n’est réalisé sur le périmètre examiné. La supervision des sauvegardes confirme leur exécution mais ne permet pas de vérifier la capacité réelle de restauration des données. »

La remédiation doit porter sur la mesure elle-même :

planifier, réaliser et documenter un test représentatif de restauration.


Comment faire la différence entre « non démontré » et « non mis en œuvre » ?

Utilisez quatre questions successives.

Question 1 - Existe-t-il une règle ?

Recherchez :

  1. politique ;
  2. procédure ;
  3. instruction ;
  4. responsabilité ;
  5. exigence contractuelle.

Si oui, le contrôle peut être défini.

Cela ne prouve pas encore son exécution.

Question 2 - Existe-t-il un mécanisme ou une pratique observable ?

Recherchez :

  1. configuration ;
  2. workflow ;
  3. outil ;
  4. processus ;
  5. activité réelle.

Si oui, le contrôle peut être mis en œuvre.

Question 3 - Existe-t-il une trace de son exécution ?

Recherchez :

  1. journal ;
  2. ticket ;
  3. rapport ;
  4. compte rendu ;
  5. export ;
  6. historique ;
  7. validation.

Si non, le contrôle peut être appliqué mais insuffisamment démontré.

Question 4 - Peut-on vérifier qu’il produit le résultat attendu ?

Recherchez :

  1. test ;
  2. métrique ;
  3. échantillonnage ;
  4. contrôle indépendant ;
  5. réévaluation.

On passe alors de :

« le contrôle existe »

à :

« le contrôle fonctionne effectivement. »


La matrice complète pour qualifier un contrôle

Voici une matrice utilisable pendant un audit.

DocumentationMise en œuvreExécution démontréeConclusion possible
OuiOuiOuiDéfini, appliqué et démontré
NonOuiOuiAppliqué mais insuffisamment formalisé
OuiOuiNonMis en œuvre mais insuffisamment démontré
OuiNonNonDocumenté mais non effectif
NonOuiNonPratique informelle / déclarée, faible démontrabilité
NonNonNonMesure inexistante ou non mise en œuvre

Cette grille ne constitue pas une méthode officielle ISO, ANSSI ou NIST.

Elle sert à éviter une conclusion binaire :

preuve = conforme

pas de preuve = non conforme

qui simplifie excessivement la réalité d’un contrôle.


Attention au statut « non évalué »

Une cinquième situation doit être distinguée des quatre cas précédents :

l’auditeur ne dispose tout simplement pas de suffisamment d’informations pour conclure.

Par exemple :

  1. l’application n’était pas accessible ;
  2. le responsable était absent ;
  3. le périmètre a été ajouté trop tard ;
  4. un test prévu n’a pas pu être réalisé ;
  5. l’échantillonnage ne permet pas de conclure.

Dans ce cas, le bon statut peut être :

Non évalué

ou :

Conclusion impossible avec les éléments disponibles.

Ce statut n’est pas équivalent à :

mesure inexistante.

Il ne devrait pas non plus être transformé artificiellement en :

conforme.

Le NIST prévoit précisément que la profondeur et la couverture des méthodes d’évaluation puissent être adaptées, et que les conclusions reposent sur les éléments effectivement obtenus.


Comment rédiger correctement un constat lorsque la preuve manque ?

La formulation doit séparer trois éléments :

  1. ce qui est observé ;
  2. ce qui est déclaré ;
  3. ce qui peut être démontré.

Mauvaise formulation

« L’entreprise ne réalise pas de revue des droits. »

Alors que l’auditeur sait seulement qu’aucun compte rendu n’a été fourni.

Meilleure formulation

« L’organisation indique réaliser une revue périodique des habilitations. Les entretiens avec le responsable IAM et le responsable informatique décrivent un processus similaire. Aucun compte rendu, export annoté ou autre enregistrement permettant de démontrer l’exécution de ces revues sur la période examinée n’a toutefois pu être présenté. »

La conclusion devient ensuite :

« La mise en œuvre du contrôle est déclarée mais insuffisamment démontrée. »

Si l’entretien confirme que la revue n’est jamais réalisée

La conclusion change :

« Une procédure de revue est formalisée, mais les entretiens confirment que les revues prévues n’ont pas été réalisées sur la période évaluée. »

Le problème n’est alors plus seulement la preuve.


Quels mots utiliser dans un rapport d’audit ?

La terminologie doit permettre au lecteur de comprendre immédiatement le niveau de certitude.

FormulationSignification
DémontréLes éléments disponibles soutiennent suffisamment la conclusion
ObservéL’auditeur a directement constaté un mécanisme ou une activité
DéclaréL’information provient principalement d’un entretien
DocumentéUn document définit ou décrit le processus
Non démontréLes éléments disponibles ne permettent pas de soutenir suffisamment la conclusion
Non mis en œuvreL’activité ou le mécanisme attendu n’existe pas ou n’est pas appliqué
Partiellement mis en œuvreUne partie du périmètre ou du contrôle est couverte
Non évaluéL’audit n’a pas permis de conclure

Ces termes peuvent être utilisés dans les commentaires même si la grille officielle du référentiel utilise d’autres statuts.

Ils apportent une information supplémentaire très utile au lecteur.


Une déclaration orale peut-elle suffire ?

Une déclaration est un élément d’évaluation.

Elle n’a cependant pas toujours le même niveau de robustesse qu’un élément directement vérifiable dans un système.

Le NIST considère explicitement l’entretien comme l’une des trois méthodes permettant aux évaluateurs d’obtenir des éléments nécessaires à leurs conclusions.

Mais le poids à lui accorder dépend :

  1. du critère ;
  2. de la personne interrogée ;
  3. de la cohérence des réponses ;
  4. du niveau d’assurance attendu ;
  5. de la possibilité de corroborer l’information.

Exemple

Pour comprendre :

« Qui est responsable des incidents ? »

un entretien peut être particulièrement pertinent.

Pour démontrer :

« Les sauvegardes ont été testées avec succès le mois dernier »

un rapport de test, un ticket ou une trace de restauration constitue généralement un élément beaucoup plus probant.

La bonne approche consiste donc souvent à croiser les sources.


Une capture d’écran peut-elle éviter un constat « non démontré » ?

Oui, si elle répond réellement au critère.

Prenons le MFA.

Capture 1

Une page montre :

MFA : Enabled

Elle ne permet pas d'identifier clairement :

  1. le tenant ;
  2. la population ;
  3. le compte ;
  4. la date.

Sa valeur probante est limitée.

Capture 2

Elle permet d’identifier :

  1. l’organisation ;
  2. le compte ;
  3. l’environnement ;
  4. la configuration ;
  5. la date.

Elle apporte davantage d’éléments.

Export

Un export daté permet de comparer l’ensemble des comptes administrateurs à leur statut MFA.

Si l’exigence porte sur la couverture complète de la population, cet export sera généralement beaucoup plus adapté.

La question reste toujours :

La preuve correspond-elle à la portée de la conclusion ?


Exemple complet : une revue des accès

Prenons une PME disposant de Microsoft 365 et de plusieurs applications métiers.

Critère évalué

Les droits sensibles doivent être revus périodiquement et les anomalies identifiées doivent être corrigées.

Cas A - Tout est démontré

L’organisation fournit :

  1. la procédure ;
  2. l’export des comptes ;
  3. le compte rendu de revue ;
  4. les décisions ;
  5. les tickets de suppression.

Conclusion

Mesure appliquée et démontrée.


Cas B - La revue est réalisée mais aucune trace n’est conservée

Le DSI et l’administrateur expliquent qu’ils se réunissent chaque trimestre.

Ils montrent directement comment la revue est effectuée.

Mais aucun historique des revues précédentes n’existe.

Conclusion

Pratique existante et observable, mais exécution historique insuffisamment démontrée.

Remédiation possible

Conserver pour chaque revue :

  1. population examinée ;
  2. date ;
  3. valideur ;
  4. anomalies ;
  5. corrections.


Cas C - Une procédure existe mais personne n’effectue les revues

Le document prévoit une revue trimestrielle.

Les entretiens confirment que la dernière revue date de deux ans.

Conclusion

Contrôle formalisé mais non exécuté selon la fréquence prévue.

Remédiation

Réaliser la revue puis l’intégrer au calendrier récurrent.


Cas D - Aucun dispositif n’existe

Aucune procédure.

Aucune revue.

Aucun responsable.

Les droits sont modifiés uniquement lorsqu’un utilisateur en fait la demande.

Conclusion

Mesure non mise en œuvre.

La remédiation nécessite de construire le processus, pas simplement de produire un document.


Comment intégrer cette distinction dans un score de maturité ?

Une notation de maturité peut utiliser la qualité des preuves comme l’une de ses dimensions.

Mais il faut éviter la règle simpliste :

« pas de preuve = score 0 ».

Une pratique peut exister sans être suffisamment formalisée.

Un modèle interne peut par exemple examiner séparément :

  1. existence ;
  2. formalisation ;
  3. effectivité ;
  4. démontrabilité ;
  5. pilotage ;
  6. pérennité.

L’objectif est de faire ressortir deux faiblesses différentes :

la mesure ne fonctionne pas

et

l’organisation ne sait pas démontrer qu’elle fonctionne.

Les deux doivent être corrigées, mais pas nécessairement avec la même action.

Exemple

SituationExemple de lecture de maturité
Rien n’existeMaturité très faible
Pratique informelle sans preuveInitiée
Processus défini et preuves disponiblesStructurée
Processus contrôlé régulièrementMaîtrisé
Contrôle mesuré et amélioréNiveau avancé

Cette grille est illustrative et ne constitue pas une notation officielle ISO ou ANSSI.


Quelles remédiations créer selon la situation ?

Le type d’action doit correspondre au problème réellement constaté.

SituationMauvaise remédiationRemédiation adaptée
Mesure fonctionne, preuve absente« Mettre en place la mesure »Mettre en place une traçabilité
Mesure documentée mais non exécutée« Rédiger une procédure »Lancer réellement le processus
Mesure partiellement appliquéeRefaire tout le dispositifÉtendre la couverture
Mesure inexistante« Fournir une preuve »Construire et déployer la mesure
Preuve obsolèteReconcevoir le contrôleActualiser ou renouveler la preuve
Audit impossibleDéclarer non-conforme automatiquementCompléter l’évaluation

Cette distinction évite les plans d’action incohérents.

Un consultant ne doit pas recommander :

« Mettre en place une procédure de revue des accès »

si la procédure existe déjà et que le véritable problème est son absence d’exécution.


Comment cette distinction améliore-t-elle le dialogue avec le client ?

La formulation influence fortement la perception de l’audit.

Comparez :

« Vous ne gérez pas les incidents. »

et :

« Vous gérez effectivement les incidents lorsqu’ils surviennent, mais le processus repose principalement sur les personnes et aucune trace consolidée ne permet de démontrer sa bonne exécution dans le temps. »

Le deuxième constat :

  1. reconnaît la pratique existante ;
  2. décrit précisément sa limite ;
  3. évite de braquer l’interlocuteur ;
  4. produit une recommandation plus pertinente.

Il ne s’agit pas d’être moins exigeant.

Il s’agit d’être plus exact.

Cette précision améliore également la crédibilité du consultant auprès d’une direction.


Quelles sont les erreurs fréquentes lors d’un audit ?

« Pas de fichier = pas de contrôle »

C’est le raccourci principal à éviter.

Recherchez également :

  1. configurations ;
  2. observations ;
  3. activités ;
  4. entretiens ;
  5. journaux ;
  6. tickets ;
  7. tests.

« Une procédure existe = le contrôle est conforme »

Une procédure démontre d’abord qu’une règle a été définie.

Il faut encore examiner son exécution lorsque l’exigence porte sur la mise en œuvre.

Inventer une preuve à partir d’un entretien

Une déclaration doit rester identifiée comme telle.

N’écrivez pas :

« Revue trimestrielle réalisée. »

si votre seul élément est :

« Le responsable indique qu’il réalise normalement une revue chaque trimestre. »

Mettre zéro automatiquement lorsque la preuve manque

Vous risquez de confondre :

  1. inexistence ;
  2. manque de traçabilité ;
  3. difficulté de collecte ;
  4. évaluation incomplète.

À l’inverse, accorder la conformité sur simple déclaration

L’absence de preuve ne permet pas de conclure à l’inexistence.

Elle ne justifie pas non plus automatiquement une conclusion positive.

Confondre non démontré et non évalué

Non démontré : la mesure a été examinée mais les éléments restent insuffisants.

Non évalué : l’audit n’a pas permis de conduire suffisamment l’évaluation.

Ne pas documenter le périmètre

Une preuve valide sur 80 % du parc ne démontre pas automatiquement les 20 % restants.

Transformer tous les problèmes de preuves en problèmes documentaires

Parfois, le manque de preuve révèle une absence réelle d’exécution.

Il faut aller jusqu’à cette question.


Une checklist en 7 questions avant de conclure à l’absence d’une mesure

Avant d’écrire :

« La mesure n’est pas mise en œuvre »

vérifiez :

  1. Existe-t-il une politique ou une procédure ?
  2. Un mécanisme technique existe-t-il ?
  3. Une pratique informelle est-elle réalisée ?
  4. Plusieurs personnes décrivent-elles la même pratique ?
  5. Peut-on observer directement le contrôle ?
  6. Existe-t-il des traces indirectes de son exécution ?
  7. Le critère impose-t-il explicitement une documentation ou un enregistrement ?

Si rien ne permet d’identifier la mesure, la conclusion d’absence devient beaucoup plus solide.

Si plusieurs éléments montrent qu’elle existe mais qu’elle est mal tracée, le constat doit le refléter.


Quel livrable produire après cette analyse ?

Chaque mesure évaluée devrait permettre de retrouver :

ChampExemple
CritèreRevue périodique des accès
SituationRevue déclarée trimestrielle
DocumentationProcédure disponible
Preuve d’exécutionNon fournie
ObservationPratique décrite par deux interlocuteurs
ConclusionMise en œuvre déclarée mais non démontrée
RisqueDroits excessifs pouvant persister
RecommandationFormaliser la trace des revues
ActionRéaliser et documenter la prochaine revue
ResponsableResponsable IAM
ÉchéanceSelon plan validé
Preuve de clôtureCompte rendu + population + anomalies

Le rapport explique ce qui a été constaté.

Le plan d’action traite la cause réelle du problème.


Comment CompliKey aide à gérer cette distinction

CompliKey permet de conserver plusieurs informations séparées pour une même mesure :

score → preuve → commentaire → constat → remédiation → action.

Cette séparation évite de réduire toute l’évaluation à une simple case « conforme / non conforme ».

Documenter ce qui est réellement observé

Lors d’un audit, le consultant peut qualifier la mesure et ajouter un commentaire expliquant :

  1. ce qui existe ;
  2. ce qui est réellement appliqué ;
  3. les éléments examinés ;
  4. ce qui n’a pas été démontré.

La conclusion peut donc être contextualisée.

Rattacher les preuves aux mesures

Une preuve est reliée à la mesure qu’elle contribue à démontrer.

Lorsqu’aucune preuve n’est fournie, cette absence reste visible sans imposer automatiquement de conclure que la mesure n’existe pas.

Le rapport d’audit de démonstration CompliKey applique déjà une règle explicite : lorsqu’une donnée de preuve n’est pas disponible, la colonne indique « Non fourni » plutôt que d’inventer ou d’extrapoler l’information. Il précise également que, dans sa méthode interne, les niveaux de notation à partir de 2 nécessitent qu’une preuve soit référencée.

Cette règle est propre à la méthode CompliKey : elle ne constitue pas une règle ISO ou ANSSI.

Séparer score et commentaire

Deux mesures peuvent obtenir des scores proches mais pour des raisons différentes.

Mesure A

Pratique existante, peu formalisée et peu démontrable.

Mesure B

Procédure parfaitement documentée, mais jamais exécutée.

Le commentaire d’audit permet de conserver cette différence, indispensable pour construire la bonne remédiation.

Transformer le vrai problème en action

Lorsque la mesure existe mais manque de preuve :

action → améliorer la traçabilité.

Lorsque le processus est écrit mais non exécuté :

action → mettre le processus en fonctionnement.

Lorsque la mesure n’existe pas :

action → concevoir puis déployer le contrôle.

Le plan d’action devient ainsi cohérent avec le constat d’origine.

Conserver l’historique

Lors d’une nouvelle évaluation, la nouvelle preuve peut être rapprochée de la situation précédente.

Le consultant peut alors démontrer une trajectoire :

mesure informelle → preuve insuffisante → action → contrôle documenté → nouvelle évaluation.

Ce que CompliKey ne décide pas automatiquement

CompliKey ne peut pas déterminer seul :

  1. si un entretien est suffisamment probant ;
  2. si une capture couvre tout le périmètre ;
  3. si une preuve permet de conclure ;
  4. si une absence de preuve constitue une non-conformité ;
  5. quel score exact doit être attribué.

Cette décision dépend :

  1. du référentiel ;
  2. du critère ;
  3. du contexte ;
  4. du périmètre ;
  5. du niveau d’assurance ;
  6. du jugement professionnel de l’auditeur.

La plateforme sert à conserver les distinctions nécessaires pour rendre ce jugement traçable et défendable.


Conclusion

L’absence de preuve et l’absence de mesure sont deux problèmes différents.

Un audit rigoureux doit au minimum distinguer :

  1. mesure appliquée et démontrée ;
  2. mesure appliquée mais insuffisamment démontrée ;
  3. mesure documentée mais non exécutée ;
  4. mesure réellement inexistante.

Ajoutez à cela un cinquième cas méthodologique :

l’audit n’a pas permis de conclure.

Cette distinction est essentielle parce que les remédiations ne sont pas les mêmes.

Une organisation qui applique déjà une mesure n’a pas forcément besoin de la reconstruire : elle peut avoir besoin de mieux la tracer.

Une organisation disposant d’une procédure non utilisée n’a pas besoin d’un nouveau document : elle doit faire fonctionner son processus.

Et une mesure réellement inexistante nécessite, elle, un véritable chantier de mise en œuvre.

L’ANSSI rappelle qu’un audit consiste précisément à confronter des preuves vérifiables aux critères d’audit, tandis que le NIST distingue l’examen documentaire, les entretiens et les tests comme plusieurs moyens complémentaires d’obtenir les éléments nécessaires à l’évaluation.

La règle à retenir est donc :

Ne transformez jamais automatiquement « je n’ai pas la preuve » en « la mesure n’existe pas ».

Cherchez d’abord à déterminer :

ce qui est défini, ce qui est appliqué, ce qui est démontré et ce qui ne l’est réellement pas.


FAQ

L’absence de preuve signifie-t-elle qu’une mesure n’est pas conforme ?

Pas automatiquement. Une mesure peut être effectivement appliquée sans produire de trace suffisamment exploitable pour l’audit. Dans ce cas, il faut distinguer l’existence du contrôle de sa démontrabilité. En revanche, si le critère impose explicitement la conservation d’un enregistrement ou d’un résultat, l’absence de cette trace peut elle-même constituer un écart. L’auditeur doit donc revenir au critère précis avant de qualifier le constat.

Comment rédiger un constat lorsqu’aucune preuve n’est disponible ?

Décrivez séparément ce qui a été déclaré, ce qui a été observé et ce qui n’a pas pu être démontré. Par exemple : « L’organisation indique réaliser une revue trimestrielle des accès. Aucun compte rendu ou export permettant de démontrer l’exécution de ces revues sur la période évaluée n’a toutefois été présenté. » Cette formulation évite d’affirmer que la mesure est inexistante tout en rendant clairement visible le manque de démonstration.

Un entretien peut-il constituer une preuve d’audit ?

Oui. Le NIST identifie l’entretien comme l’une des trois principales méthodes d’évaluation, avec l’examen et le test. Sa valeur dépend néanmoins du critère et du niveau d’assurance recherché. Une déclaration peut être adaptée pour comprendre les responsabilités ou le fonctionnement d’un processus, mais elle gagne souvent à être corroborée par des enregistrements, observations ou tests lorsqu’il faut démontrer l’exécution réelle d’un contrôle.

Une procédure suffit-elle pour démontrer qu’un contrôle fonctionne ?

Non, sauf si le critère évalué porte uniquement sur l’existence de cette procédure. Un document permet principalement de démontrer qu’une règle ou un processus est défini. Pour vérifier son fonctionnement, il faut généralement rechercher des éléments d’exécution : ticket, compte rendu, export, journal, test ou autre trace opérationnelle. L’ANSSI souligne d’ailleurs que l’audit organisationnel vise également à vérifier que les politiques et procédures sont effectivement mises en pratique.

Quelle différence entre « non démontré » et « non évalué » ?

« Non démontré » signifie que la mesure a été examinée mais que les éléments recueillis ne permettent pas de soutenir suffisamment la conclusion attendue. « Non évalué » signifie que l’audit n’a pas pu conduire l’évaluation avec une profondeur ou une couverture suffisante, par exemple faute d’accès ou de disponibilité du périmètre. Les deux statuts ne devraient pas être automatiquement assimilés à une mesure inexistante.

Que faire lorsqu’une mesure existe mais qu’aucune preuve n’est conservée ?

Commencez par déterminer si des éléments alternatifs permettent de vérifier la pratique : configuration, observation, journaux, entretiens ou tests. Si la mesure fonctionne réellement mais n’est pas suffisamment traçable, la remédiation doit généralement porter sur la création d’une preuve durable : compte rendu, export, ticket ou registre. Il est inutile de reconstruire entièrement un contrôle qui existe déjà si le véritable problème concerne sa démontrabilité.


Faites la différence entre un contrôle absent et un contrôle mal démontré

Structurez les scores, preuves, commentaires et constats pour transformer chaque écart en une remédiation réellement adaptée.

Voir comment CompliKey structure les constats et les preuves d’audit


Sources utilisées

  1. ISO 19011:2026 - Guidelines for auditing management systems, édition 4 publiée en mai 2026. Cadre actuel pour les principes et méthodes d’audit des systèmes de management.
  2. ANSSI - PASSI, référentiel d’exigences, utilisé pour les notions de critère d’audit, preuve d’audit et constat d’audit. La version 2.2 est la version de référence actuelle publiée par l’ANSSI.
  3. ANSSI - MonServiceSécurisé, “Réaliser un audit de la sécurité du service”, pour la distinction entre politiques ou procédures définies et leur mise en pratique effective.
  4. NIST SP 800-53A Rev. 5, pour les méthodes d’évaluation examine, interview et test, ainsi que l’adaptation de la profondeur et de la couverture de l’évaluation.
  5. NIST SP 800-171A Rev. 3, pour la distinction méthodologique entre spécifications documentaires, mécanismes, activités et individus examinés lors d’une évaluation de sécurité.
  6. CompliKey - Rapport d’audit interne Démo, utilisé pour vérifier le fonctionnement actuel de la restitution des preuves absentes, des commentaires et de la notation dans le module d’audit.
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